Musique: Parler à mon père

Isabelle (tout en buvant son café, pensées): Mais qu’est ce qui m’est arrivé? J’ai dû encore rêver trop fort. Bon trêves de bavardages, il faut que je me bouge pour préparer les enfants et aller au boulot. Et je ne dois pas perdre du temps avec des fantaisies pareilles. J’espère que Jacquot n’a pas oublié qu’il doit les récupérer à la garderie et au judo. 

Narrateur: Tout en disant cela, Isabelle regarde le planning qu’elle a organisé pour Jacquot, accroché à la porte de la cuisine. Elle se souvient alors d’une fois où Jacquot les avait oublié au judo. Heureusement c’était les deux plus grands Jérémy et Marie mais quand même. Comment peut-on oublier ses enfants? Du coup, elle avait organisé ce planning afin que cela ne se reproduise plus. Une fois, les enfants déposés à l’école, Isabelle prend le chemin du travail. Elle devait débuter sa tournée avec Mme Faux qui avait un mari difficile à contenter. Puis finir celle-ci  avec Nicole, une collègue de travail, pour s’occuper d’une vieille dame. Qui d’après les dires de l’infirmière coordinatrice était en fin de vie. Isabelle était aide-soignante à domicile et son travail la passionnait. Pour elle c’était plus qu’un métier, c’était une vocation car il s’agissait de donner de soi pour aider l’autre.

Isabelle (pensées): Bon je crois que je n’ai rien oublié: ma tenue, mes pommes et mon téléphone.

Narrateur: Isabelle avait arrêté de fumer et pour y arriver, elle se posait sur le dos des patches et mangeait des pommes dés que l’envie de fumer lui revenait. La tournée se passait bien jusqu’à là.

                 

Narrateur: Arrivée chez la dernière de ses patientes, elle eut comme un présentiment. Comme si elle savait par avance que quelque chose se préparait.

Isabelle (une fois garée devant la maison, pensées): C’est étrange, j’ai l’impression que quelque chose va arriver. J’espère seulement que c’est positif et pas négatif.

Narrateur: Isabelle était de ceux qui croyaient à leur bonne étoile et que rien de mauvais ne pouvait plus lui arriver. Puisque le pire était déjà passé avec la mort de son père le 5 juillet 1986. Du coup c’était une optimiste, elle croquait la vie à pleine dent. 

Isabelle (toquant à la porte)

La fille de la vieille dame: Bonjour entrez.

Isabelle: Bonjour, je viens pour la toilette de votre Maman.

La fille: Oui, je sais. Votre collègue est déjà là.

Narrateur: Nicole avait déjà préparé le nécessaire à côté du lit où une vieille dame était allongée.

La fille: Je ne comprends pas ce qui est arrivé? Maman allait très bien jusqu’à il y a une semaine. Elle faisait son petit train train quotidien et marchait avec son déambulateur. Et puis mercredi matin, elle ne put plus se lever. Elle dort sans cesse et quand j’essaye de la réveiller, elle ouvre les yeux 1 minute et se rendort aussi sec. J’ai appelé ma soeur pour le lui dire mais elle ne pourra pas venir avant vendredi soir. Elle travaille et habite Paris. J’espère que Maman sera toujours là pour pouvoir lui dire adieu. Et là, la fille s’effondre en larmes. Nicole la prend à part pour la réconforter tandis qu’Isabelle commence la toilette.

Isabelle (tout en faisant la toilette, pensées): Papa, tu sais que je ne te demande pas grand chose. Mais fais que cette femme puisse dire adieu à sa famille.

Narrateur: C’était vrai qu’Isabelle ne demandait pas grand chose au Bon Dieu. Elle avait été d’ailleurs en froid avec celui-ci lorsque son père était mort. Puis elle lui avait pardonné parce que si celui-ci  n’avait pas été décédé, elle n’aurait jamais rencontré Jacquot. Jacquot l’homme de sa vie enfin c’est ce qu’elle pensait alors. C’est pourquoi le jour de son mariage le 8/08/1998 elle avait remercié Dieu pour tout ce qu’il lui avait donné et depuis elle lui reparlait. Une fois la toilette terminée, après avoir laissé Nicole, Isabelle regagna sa voiture.

 

Musique: Dieu est un fumeur de  gauloises

Isabelle (pensées): J’espère avoir fait le nécessaire pour que cette femme puisse faire ses adieux comme il se doit.

Une voix (dans la tête d’Isabelle): Ais confiance en toi ma chérie, tu seras exaucée.

Isabelle (pensées): Voilà que je me parle toute seule dans ma tête.

La voix : T u ne te parles pas toute seule, je suis là ma chérie comme je te l’ai promis.

Isabelle: Le seul qui m’ait promis d’être toujours là pour moi c’est mon père et tu me l’as pris le 5 juillet 1986.

La voix: Et si je te disais que c’est bien moi. Tu sais depuis la nuit des temps, Dieu se fait homme pour voir l’oeuvre qu’il avait accompli.

Isabelle: Arrêtes, arrêtes. Je crois que je deviens folle, c’est impossible.

La voix: Tu savais que je reviendrai te voir. Tu m’as demandé de le faire en douceur que je n’apparaisse plus comme pour tes 2 ans et demi car sinon tu m’as dit et je te cite: « Je vais faire une crise cardiaque ». 

Narrateur: Alors Isabelle se souvient. C’était vrai que pour ses 2 ans et demi, elle avait vu quelque chose de surnaturel. C’était en mars 1974, Carine sa petite soeur venait juste de naître le 14 février. Isabelleet son père étaient dans le salon à regarder la télé. C’est alors qu’Isabelle eut soif.

Isabelle: Papa, j’ai soif.

Papa: Et bien ma chérie, tu te lèves et tu vas te servir à boire au robinet de la cuisine. Tu es la grande maintenant. 

Isabelle (jalouse, pensées): La grande, mais je ne veux pas être la grande, j’en ai marre de ce bébé qui attire toute l’attention de la famille. Je ne veux pas partager avec cette soeur mon Papa.

 

Narrateur: Tout en pensant, Isabelle s’exécute et alla vers la cuisine. En ouvrant la porte, elle vit dans la pièce une chose étrange. Un vieux pêcheur était assis à la table orange en formica, visiblement il réparait un vieux filet de pêche. 

Isabelle (pensées): Ouh Maman ne va pas être contente, il a sali toute la table avec son filet.

Narrateur: Isabelle s’approcha et le regarda. Le vieux pêcheur continuait sans se soucier de la présence d’Isabelle.

Isabelle (pensées): Pourquoi il ne me prend pas dans ses bras? Toutes les vieilles personnes ont l’habitude de vouloir me toucher en disant: « Oh qu’elle est mignonne ».

Narrateur: Voyant que le vieux pêcheur l’ignorait, Isabelle s’assit à côté de lui sur la chaise à  genou. Au bout d’un moment, lassée Isabelle sortit de la cuisine et alla au salon chercher son père.

Isabelle: Papa viens voir dans la cuisine, il y a un vieux monsieur.

Narrateur: Papa prit la main d’Isabelle et ils se dirigèrent vers la cuisine. Et là en ouvrant la porte, plus rien, tout avait disparu. Isabelle comprit alors qu’elle avait été témoin d’une apparition. Plus tard, à ses 6 ans, Isabelle avait promis à Dieu que le jour où  il lui ferait signe, elle abandonnerait tout pour le suivre. Cependant, elle lui demanda que cela ne se fasse pas comme une apparition car elle craignait que son coeur ne tienne pas le coup.